Interview : Dj Pee / Le Peuple de L’Herbe

 

A quelques jours de leur concert lyonnais au Transbordeur  (le 23 Mars, dépêchez vous de réserver vos places, c’est quasi sold-out…), Dj Pee (membre fondateur du Peuple de l’herbe, dont le nouvel album Tilt est dans les bacs depuis quelques semaines) s’est prêté au jeu des questions réponses, histoire de faire le point sur la formidable aventure collective du groupe lyonnais, incontournable, attachant et essentiel poids lourd de la scène locale.

Ns : Bon, alors, ce nouvel album Tilt, ça roule, vous en êtes content, tu peux rappeler son histoire ?
Dj Pee : Ça va, on a plutôt des bons retours ! Pour l’histoire, on voulait sortir du concept album à l’ambiance un peu plombée qu’est Radio blood money (le précédent album du peuple, sorti en 2008, Ndr), essayer de redevenir plus «basique» dans l’approche (moins d’arrangements, plus de simplicité, sans verser dans la facilité, un vaste programme..) et pour la direction musicale, creuser un peu du côté de nos racines punk-rock, genre que l’on n’avait pas encore abordé. Et nous voilà,  neuf mois après, avec un résultat qui correspond, je pense, à ce qu’on avait en tête en rentrant en studio (en même temps, c’est toujours facile à dire, après…).
 
Ns : Le disque s’appelle Tilt, les titres sont loin de respirer la joie de vivre, j’aurais presque tendance à dire qu’au fil de votre ‘’carrière’’, le propos se tend. Est-ce que tu es d’accord avec cette vision, et comment tu l’expliques ?
Dj Pee : J’ai juste l’impression qu’on a commencé (le projet pH) dans un autre monde que celui dans lequel on vit actuellement, et donc forcement, notre musique en subit les influences : le libéralisme, avec toutes ses dérives obscènes, semble avoir gagné la partie, mais on continue à croire que, quelque part, quelque uns, appelons les «  les rebelles», s’organisent, résistent & construisent, à leur manière, une alternative au modèle dominant.

Ns : Une de vos grandes forces, c’est la scène. Comment c’est passée cette série de concerts, (l’entretien a eu lieu il y a quelques semaines, au sortir des dates fin 2009 , Ndr) à la fois de ton point de vue de musicien, mais aussi de ta vision du public ?
Dj Pee : On a retrouvé avec satisfaction des petits lieux (et les gens passionnés – et souvent passionnants qui les font vivre) où l’on a souvent déjà joué, et aussi  le plaisir de jouer des nouveaux morceaux, plaisir partagé avec notre public, qui était bien là, lui aussi, c’est important de voir qu’on intéresse encore du monde ;-))
 
Ns : On peut dire que vous avez une certaine expérience, ou une expérience certaine, et je voudrais que tu me dises comment tu expliques que votre public est très jeune, très enthousiaste, et qu’on a l’impression qu’à chaque tournée, chaque nouvel album se rajoute une couche de néo fans ? Quel rapport entretenez vous avec eux, vous n’êtes pas de la même génération, c’est parfois étonnant, notamment quand vous leur parlez musique…
Dj Pee : C’est vrai que l’on a un rapport assez cool, un côté «grand frère» avec les plus jeunes, mais en même temps il reste des anciens qui nous suivent depuis le début (ou presque) , ça se mélange… je crois que, sans prétention, t’as le public que tu mérites : si tu prends les gens pour des cons, eh bien tu risques d’en attirer plein d’autres, et ça risque d’être pas facile à gérer !! Plus sérieusement, éviter la facilité, fuir la démagogie et rester sincère dans nos propos sont pour nous des règles essentielles, après, si on peut ouvrir des portes sur d’autres styles musicaux, voir de vie…

Ns : Il n’est pas rare qu’on commence à vous prendre comme exemple d’un groupe qui maitrise sa carrière, de la création de la musique à l’enregistrement, la production artistique, le design et l’imagerie du groupe, le business lié au disque, à la scène, le merchandising, bref l’exemple type du groupe ‘’indépendant’’. Qu’en penses tu, comment tu l’expliques, et est ce que c’est difficile de respecter l’espèce de contrat initial de l’aventure collective ?
Dj Pee : Ce choix de vie alternatif, même si il est un des éléments fondateurs du groupes, & que je pense sincèrement que l’on n’aurait pas pu exister sans, on ne l’a pas inventé ! Nous nous sommes inspirés de la démarche d’autres groupes, d’autres labels, assos etc…Et si, comme tu le dis, l’on peut maintenant servir d’exemple, ça signifie juste que l’aventure continue & comme le répètent les alters : qu’un autre monde est possible.
 
Ns : Clairement, vous êtes surement le plus ‘’gros’’ groupe de l’histoire du ‘’rock’’ à Lyon. Est-ce que c’est un truc qui flatte vos égos, auquel vous pensez, et finalement, cela revêt il une importance quelconque pour vous ?
Dj Pee : Ah, bon, t’es sûr ?? Nous, en tout cas, on ne le vit pas comme ça, on reste bien tranquille, on la ramène pas, «à la lyonnaise» quoi !!
 
Ns : Comment vous sentez vous à Lyon en ce moment. Que pensez vous à la fois de notre ville (au quotidien, en terme culturel, politique, de douceur de vivre, d’architecture, etc.…) et aussi de la scène locale. Portez vous toujours un regard curieux et bienveillant sur les jeunes artistes, groupes, organisateurs de concert ou de soirées, labels, zines, etc.…
Dj Pee : Si l’on a choisi de rester vivre et travailler à Lyon, c’était aussi pour (se) prouver que c’était possible, ça veut pas dire que c’est facile, mais c’est un peu : yes, we can ! Et voir qu’on est pas les seuls à avoir fait ce choix, que la scène se renouvelle, qu’il y a toujours autant de groupes, d’assos, de labels, voir d’individus qui se battent pour proposer autre chose que la soupe que servent les médias «dominants», c’est la classe ! Mon seul regret, c’est le manque d’une salle de concert, pérenne, avec une programmation régulière, un projet artistique, une démarche digne d’une ville comme Lyon. Et aussi la guéguerre faites aux bars musicaux, il ne faut pas oublier qu’ils sont souvent le laboratoire d’où vont émerger les talents de demain.

Ns : Une dernière question, un truc qui m’interroge toujours, c’est votre enthousiasme et votre rapport passionné à vos bordels. Chaque fois que je vous vois, sur scène, en studio, dans la vie courante, je suis toujours étonné pasque vous en avez jamais marre, d’être dans un bus pour aller votre énième concert, de vous enfermer dans votre studio pour des heures d’autisme musical, bref vous voyiez ce que je veux dire…Comment expliquez vous cela, et surtout jusqu’à quand ça va durer ?
Dj Pee : La passion, je crois que ça s’explique pas !! Et ça durera le temps que ça durera… Que sera, sera !

Sinon, 12 questions simples et funkys…

Ns : Qu’est ce qui te fait marrer ?
Dj Pee : Les Monthy Pythons, Desproges, Riad Sattouf, Luz.

Ns : Qu’est ce qui te mets en colère ?
Dj Pee : La connerie (y compris la mienne). 

Ns : Est-ce que tu aimes ton époque ?
Dj Pee : «Le passé n’est plus là, et l’avenir n’est pas encore là, alors, tout ce qu’on a, c’est ça : le présent.» Bill MURRAY in BROKEN FLOWERS

Ns : Quel est ton vice pour lequel tu as le plus d’indulgence ? 
Dj Pee :  Je ne crois pas avoir de vice, uniquement des mauvaises habitudes ;-)

Ns : Quel est le son ou le bruit que tu préfères ?
Dj Pee : «The Sound of the Suburbs» (The MEMBERS)

Ns : Est-ce que tu collectionnes quelque chose ?  
Dj Pee : Mickey Maousse.  

Ns : Qu’est ce que tu fais vers 1h du mat ?
Dj Pee : Soit en concert, soit au lit. 

Ns : Qu’est ce que tu vas manger ce soir ?
Dj Pee : Quelque chose de délicieux

Ns : Tu lis quoi aux toilettes ?
Dj Pee : Wax Poetic, Mojo, Vibration, Natty Dread…

Ns : Quel est ton héros ou héroine de fiction préféré ?
Dj Pee : Pascal Brutal

Ns : T’arrives t’il de souffrir physiquement ?
Dj Pee : Pas plus que ça

Ns : Qu’est ce que tu préfères le plus dans la vie ? 
Dj Pee : Au risque d’être cliché « Sex & Drugs & Rock & Roll  are very good indeed» (Ian Dury & The Blockheads)

Ns : Qu’est ce que tu voudrais qu’on écrive sur ta tombe ?
Dj Pee : Rien, je veux être incinéré (mais j’aimerais bien qu’on joue Stay Free des CLASH, ça changera de Teenage Kicks)

N’hésitez pas à faire un tour sur le site très complet du groupe, où la totalité de la discographie du groupe est en écoute…
www.lepeupledelherbe.net

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