
JOAKIM Milky ways (Versatile)
On savait bien que le parisien Joakim avait un talent de cinglé…On l’avait déjà vu passer des disques (brillamment azimuté, le genre de gars qui nous emmène tranquillos de la soul la plus deep à Aphex Twin, sans pépins), jouer live à Nuits sonores, aux Subsistances en 2007, un truc à la fois décontract’ et tendu, vraiment pas mal, on avait déjà beaucoup, beaucoup aimé ses deux premiers albums Fantômes en 2003, et un excellent Monsters & silly songs, en 2006, tous deux sortis chez le perfect’ Versatile, label français canal historique pourvoyeurs de fine funk depuis 1996. On savait l’homme érudit, distingué, méchant music freak (Tigersushi, autre label canal historique ultra essentiel, c’est lui) limite mécène (Krikor, Poni Hoax, des disques mortels mais disons pas spécialement des best-sellers), esthète chelou et évidemment inclassable…Autant dire qu’on attendait donc beaucoup de ce Milky Ways, troisième album, toujours chez Versatile…Et fuck, ce disque est quasi parfait : le truc artwork est très beau, à la fois décalé et dans l’air du temps, collages, SF naïf art, handmade façon diy par Joakim lui-même et les 10 titres sont justes brillants, chacun rendant hommage (mais pas comme toutes ces chiasses revival, façon shoegaze, garage rock ou italo-disco) à un style, un groupe, un son, sans doute cher à l’artiste. L’album s’ouvre sur cet incroyable titre, Back to wilderness, sorte d’instrumental très flippant, rock dur et froid, mi kraut mi drone, 8 minutes intenses et sombres, tuerie hypnotique. Ensuite, c’est le feu d’artifesses : discopop speedée sur Ad me, néo romantisme motormusik d’aujourd’hui sur Fly like an apple, dance song trippée et funky sur un grandiose Spiders. Puis à mi parcours, un drôle de slow vocodé et terriblement addictif, Glossy papers, suivi d’un énorme tube indie synth rock, Medusa, où Joakim mets tous les kids dans le vent. Ensuite, il met tranquillos les vieux dans le vent, tiens disons New Order par exemple, avec un Love & romance & special person, façon extended version fortement sympathique. Et hop, de la néo new wave cristalline au top sur King Kong is dead, puis un exercice Canien parfaitement maitrisé (soit hypnotisme, groove et langueur) sur Travel in Vain, et enfin histoire de conclure, une magnifique love song, Little girl, méchamment élégante et désespérée, inspirée d’un poème de William Blake…
Alors quoi, ben oui, on tient là un petit chef d’œuvre, un sacré grand disque, riche en mélodies, foisonnant d’idées formidables, truffée de pépites potentiellement tubesques, de sacrés chansons intemporelles…A tel point que le seul reproche à faire à ce disque, c’est que nous autre auditeurs sommes peu à la hauteur, tellement l’immédiateté de notre époque (en gros, rare sont les disques que le scribouillard lambda et un peu looser écoute plus de deux fois) et les conneries d’étiquettes (quoi c’est pas un disque d’électro, c’est pas un truc indie, c’est pas de la néo twee pop, alors c’est quoi) ne sont pas faites pour cet album indispensable, déjà bien parti pour figurer dans les palmarès de l’année.
JOAKIM Milky ways (Versatile – CD – Sorti depuis le 15 Septembre 2009 – Distribution Module)
Vous pouvez réécouter le fantastique Love & romance & a special person que l’on avait déjà posté dans le top 11 du mois d’aout en cliquant ici