Focus : D.i.r.t.y Soundsystem
Clairement, ici on les aime beaucoup…Pour plein de raisons, d’abord celui de l’activisme, genre les mecs qui font, ceux qui connaissent un tas de trucs (on parle de musique, hein, pas de recette pour vendre des daubes) et qui n’hésitent pas à faire passer, ceux qui pètent leurs tirelires pour sortir des choses plus ou moins obscures, plus ou moins essentielles, mais toujours traitées avec amour, et dans le fond et dans la forme…Ensuite les mecs font vaguement les dj’s, façon soundsystem mi-rigolard mi-érudit…On les a vu et entendu à Nuits sonores, chez Extra !…Ensuite ils commencent à avoir la crédibilité de l’âge, celle des sages (ou des vieux cons, mais semble-t-il ce n’est pas encore le cas)…Et enfin, c’est des méchants nerds, de l’internet canal historique avec leur première version du site Dirty, et aujourd’hui avec l’excellent blog Alainfinkelkrautrock…Dans l’actualité, une très jolie mixtape à écouter ici (c’est du très très classe, hein), une nouvelle Dirty party au Social Club à Paris le 19 décembre avec Anthony Shakir et Andy Blake, la préparation de l’album de Discodeine et d’une nouvelle compilation, qui devrait voir le jour uniquement en vinyle, mais d’ici très peu de temps…Bref, obligé de leur donner la parole pour qu’ils nous expliquent un peu le bazar Dirty Soundsystem, version label. Guillaume Sorge (un des branquignols qui forment le truc, avec Clovis Goux), à toi de jouer…

(Photo – Eric Beckman)
Ns : Bon là , sérieux, faire un label, est ce bien sérieux justement ?
D.i.r.ty : Pas franchement…
Ns : Qu’est ce que ça peux bien signifier à notre époque cheloue de tenir un label, une maison de disques comme j’aime encore à utiliser le terme ?
D.i.r.ty : Pour nous c’est juste la continuité de notre travail de compilateurs… Doublée d’une volonté de passer du côté des gens qui « font » et de sortir de celui de ceux qui commentent. Que ce soit en phase avec l’époque ne nous importe au final que peu je pense… Il faut aussi préciser que nous ne sommes un « label » très artisanal avec peu de sorties… Si on était en phase avec notre époque on vendrait des pulls en cachemire éthique à 500 euros pièce, on en offrirait un exemplaire à Wes Anderson et à Sofia Coppola pour assurer la promo, et une partie des bénéfices irait au Dalaï Lama.
Ns : Vous définiriez vous comme des music freaks, des passeurs, des entrepreneurs, des businessmen, des cinglés ?
D.i.r.ty : On est plus des music freaks que des entrepreneurs, on est assez nuls en marketing… C’est un domaine qui nous intéresse assez moyennement
Ns : Bon, vous commencez à avoir disons un peu d’expérience…Comment vous expliquez cette espèce de longévité disons miraculeuse aux yeux d’un music business de masse ?
D.i.r.ty : Justement, nous n’avons pas la prétention de nous adresser au plus grand nombre… Plutôt à une poignée d’amateurs qui cherchent dans leur rapport à la musique quelque chose de différent, qui va au delà du flux continu qui favorise la « consommation culturelle »… On s’en fout un peu de devenir « gros » ou « bankables ». Ce qui nous intéresse c’est de sortir les disques qu’on a envie d’entendre. Une démarche un peu égoïste somme toute…
Ns : La vie quotidienne du label, c’est quoi aujourd’hui ?
D.i.r.ty : Il faut que je trouve des enveloppes solides pour les envois vinyles…
Ns : Et le rapport à l’argent, c’est souvent un truc dont on parle peu, mais c’est quand même une sacré grosse partie du bordel…Qu’en est-il de l’aspect financier du label ?
D.i.r.ty : Nous sommes une association loi 1901, chacun de nos projets finance celui qui lui succède… On n’a pas de planning de sorties, on sort des disques quand on a envie de les sortir… Nos coûts de fonctionnements son quasi nuls. Le label est un espace de liberté auto financé, nous n’aspirons pas à en vivre.

Ns : Et les ventes, tout le monde pleurniche mais bon sang, on a quand même l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de labels, tout autour du globe, dans toutes les esthétiques. Est-ce que vous pouvez préciser les chiffres de ventes, par support, et la proportion de ventes en France et à l’étranger…
D.i.r.ty : Chaque sortie vinyle est tirée en moyenne à 1000 exemplaires (en général, tous vendus assez vite), Nous devrions écouler entre 3000 et 5000 exemplaires de notre dernière compilation (Dirty french psychedelics). Nous vendons 95% de nos disques à l’étranger (Angleterre, Japon, Allemagne, USA). En France nos disques sont introuvables dans les FNAC et Virgin (ou ce qu’il en reste), nous écoulons 90% de nos disques en France chez Colette. Nous vendons également de plus en plus sur Itunes et en direct via notre site web…
Ns : Qu’en est il de l’esthétique globale de votre label, j’imagine que le design, les objets disques, peut être même le merchandising, votre site web, tout cela ont une importance disons essentielle ? Pouvez-vous préciser le nom de vos graphistes, et nous dire si vous attachez une grande importance à tout cela ?
D.i.r.ty : Nous travaillons avec Laurent Fétis pour la partie graphique et visuelle, c’est un ami avant d’être un graphiste de talent… Nous sommes effectivement attachés à l’objet, quand on sort 1000 vinyles, on les numérote à la main…
Ns : Qu’est ce que vous venez de sortir récemment et racontez nous un peu comment ça se passe ?
D.i.r.ty : Notre dernier projet est la compilation Dirty french psychedelics qui nous a valu pas mal de retours élogieux de la part de nos pairs et de magazines qui nous son chers comme Wire ou Mojo… Les ventes de l’édition vinyle ayant cartonnées, nous songeons à privilégier ce format dans le futur…
Ns : Quels sont vos projets pour les semaines à venir ?
D.i.r.ty : Organiser quelques soirées, aller passer des disques en Europe (Lisbonne, Graz, Turin, Londres), trouver un deal pour l’album de Discodeine…
Ns : Comment vous voyez les choses disons dans les années qui viennent ?
D.i.r.ty : Les choses ne vont pas aller en s’arrangeant mais ce n’est pas nécessairement un mal
Ns : C’est quoi les meilleurs souvenirs de votre histoire ?
D.i.r.ty : On est pas trop du genre à regarder en arrière…
Ns : Et les galères ?
D.i.r.ty : La seule galère aurait été que rien ne ce soit passé…
Ns : Des regrets, des choses que vous avez ratées, des artistes loupés ?
D.i.r.ty : Non plus.
Ns : Quel est votre disque préféré sur votre label ?
D.i.r.ty : Le prochain.
Ns : Quel est le disque de votre label que vous nous conseilleriez de redécouvrir ?
D.i.r.ty : Tous !
Ns : Vous sentez vous proches d’autres labels français ou internationaux, lesquels et pourquoi ?
D.i.r.ty : On a aucun ennemis mais disons que nous nous sentons assez proches (entre autres) de labels comme Kill The Dj, Born Bad ou Tigersushi en France, Whateverwewant, DFA aux USA, Zongamin / Mickey Moonlight, Maurice Fulton en Angleterre, Smith’n'Hack en Allemagne… La plupart sont des amis et nous suivons les sorties de tous avec attention.














Fan hardcore !
Bravo le Mr du blog !
Fan hardcore ici aussi… Mais si les prochaines sorties sont uniquement en format vinyle, n’ayant pas de platine, je ne pourrez plus l’être.
bon label, belle compilation!
Sinon achetez une platine vinyle, c’est moins cher qu’un iphone et ça dure plus longtemps!