Clairement, le gars est ultra culte, dandy, punk, super parisien, un peu mal à l’aise dans notre époque (franchement qui n’est pas mal à l’aise dans notre époque… ?) bref, légèrement décalé, et plus encore avec le bordel de la littérature…Mais l’embrouille, soyons clair, c’est que si je suis ce que suis, c’est un peu voire beaucoup à cause de lui : En gros, Eudeline m’a éduqué, par ses écrits, qui clairement ont fascinés le rock kid que j’étais disons 82-89 (Best, puis des livres, puis Nova, puis Rock’n’folk, mais quelques disques aussi, dont un Polly Maggoo historique)…Et donc, j’en attends (comme tous ses lecteurs un peu québlos sur le bonhomme) beaucoup, et évidemment trop…Un peu comme le silence qui précède la première note s’avère le climax de l’excitation rock’n’roll, là l’histoire fut ultra prometteuse : L’épopée disons sur 30 ans de Jérome, rockeur français et parisien, isolé et solitaire, en perpétuel décalage avec son époque (à part peut etre avec la dope), fasciné par le style, l’imagerie, un peu perdant sur les bords, mais qui sursaute de vivre, de l’énergie d’un désespoir assez commun aux dandy freaks ayant survécu aux trentes dernières années…La reussite du truc, c’est évidemment la magnifique mélancolie qui se dégage du roman, un certain romantisme noir, naif dirons les cyniques, touchant dirons les autres…Le livre est bien sur truffé de références à la soul music, au rock’n’roll, à des trucs totalement obsolètes et à des obsessions futiles (les mini jupes blanches sur des jambes nues…), mais il sonne juste (Ronnie Bird, le Palace, les drogues, les fringues, les noms (Gudule, Chouraqui…)) (ce qui met à l’amende pas mal de baltringues qui tentent d’écrire sur ce genre de choses…), et fait souvent mouche, jusqu’à laisser planer une douce amertume, ce qui me semble t il est déjà beaucoup…Mais bon, où sont les détails, les descriptions sur Paris, les lieux (le Drugstore, le Palace, les bars)… Eudeline connait toute l’histoire, il l’a vécue, l’a payé cher certes, et c’est sans doute douloureux pour lui, mais franchement, on aimerait qu’il mette la barre hyper haut, histoire de définitivement nous bousculer et nous bouleverser, avec l’ultime roman d’une époque disparue mais dont on est sur qu’il est le parfait témoin…
PATRICK EUDELINE Rue des martyrs (Grasset – 325 pages – 18,50 € – Disponible depuis le 12 Mai 2009)

